Le papier
Le papier traditionnellement employé en calligraphie chinoise est un papier spécial, très absorbant, appelé « papier Xuan » ou « papier de Xuan » en
raison de son origine.
On fabrique du papier Xuan aussi bien en Chine qu’au Japon ou en Corée. Il est vendu à l’unité, en feuilles ou en rouleaux, et disponible en quatre épaisseurs qui sont désignées comme
ci-après :
- Une couche
- Double couche
- Triple couche
- Quadruple couche
Pour calligraphier, on emploie essentiellement le papier d’épaisseur « une couche » ou « double couche ».
Pour commencer, le modèle idéal est le Moon Palace ou « Palais de la Lune ». C’est le nom qui fut donné à l’origine au papier Xuan fabriqué par les Japonais, mais il est à présent
également fabriqué en Chine et à Taiwan. Ce papier pour exercices possède une face à grain lisse et une à grain plus marqué. S’il vaut mieux écrire sur la face lisse, certains
calligraphes affirment que la face rugueuse convient mieux à l’esprit de la calligraphie chinoise.
Le papier absorbant à base de coton est de plus en plus employé, tant en calligraphie qu’en peinture, mais ici encore tout est question de goût.
Pour les exercices, procurez-vous du papier de calligraphie plus absorbant, meilleur marché. Souvent de couleurs jaune ou brun clair, il est parfois enrichi d’une grille de neuf carrés
visant à guider le tracé pour respecter les proportions relatives des traits. Dans ce cas, il faut se procurer les modèles de caractères imprimés avec une grille ou tracer le grille soit
même sur une photocopie des modèles. Enfin, le papier pelure et le papier journal procurent d’excellents supports pour les exercices.
Le papier décoratif.
Les Chinois aiment exécuter leurs calligraphies sur du papier décoratif : papier de base d’écorce de mûrier à la superbe texture, papier moucheté d’or incrusté ou papier rouge ou or, très
appréciés pour les fêtes. Les calligraphes utilisent aussi du papier orné de motifs en filigrane représentant les symboles de la chance, des bienfaits, du dragon ou de la longévité.
Les autres supports.
Bine que la calligraphie chinoise traditionnelle emploie du papier absorbant, il n’y a aucune raison de ne pas s’intéresser à d’autres catégories de papier. Pensez au papier
Kraft, au papier à lettres, au papier d’emballage, au papier cartonné de différents grammages, ou encore au papier destiné à la peinture (aquarelle, papier toilé, etc.) Lorsque vous
écrivez sur du papier peu absorbant, veillez simplement à imbiber davantage les pinceaux avec de l’encre et exercez sur les poils une pression légèrement plus prononcée.
Il est d’ailleurs possible d’exécuter des calligraphies sur n’importe quel support – papier, tissu, bois, céramique ou terre cuite – pour orner n’importe quel article. A vous de faire
votre imagination !
L'encre et les accessoires
La tradition veut que le calligraphe prépare l’encre en broyant le
bâton sur la pierre à encre. Du point de vue uniquement technique, c’était encore indispensable il y a quelques années, lorsque la qualité de l’encre liquide ne convenait guère à la
calligraphie chinoise. Toutefois, les fabricants ont fait de tels progrès qu’il est possible désormais de se passer de la corvée du broyage – bien que les puristes insistent sur le fait
que l’opération constitue une étape essentielle dans le processus de concentration.
L’encre ordinaire des Occidentaux est trop liquide pour le papier absorbant. L’encre de Chine contient en revanche de la résine qui la rend plus consistante, et elle devient indélébile en
séchant. Attention : comme elle tache irrémédiablement le tissu, il est fortement conseillé de protéger ses vêtements.
Vous trouverez de l’encre de Chine liquide en flacon pour calligraphie dans toutes les grandes boutiques de matériel pour artistes et de loisirs créatifs.
A la sortie du flacon, l’encre est assez fluide, mais elle épaissit rapidement en séchant. Patientez seulement 5 à 10 minutes avant de l’utiliser afin qu’elle adopte la consistance
voulue. Si elle est trop épaisse, ajoutez simplement davantage d’encre – jamais d’eau, car celle-ci éclaircit le ton.
Versez une très petite quantité d’encre dans la coupelle. Pour les petits caractères, quelques gouttes suffisent ; pour les caractères plus grands, augmentez la quantité.
Outil traditionnel pour le broyage du bâton d’encre, la pierre à encore constitue par ailleurs un superbe réservoir pour l’encre liquide. Nettoyez-la soigneusement en fin de séance afin
de ne pas laisser s’encrasser la surface polie. Si vous ne possédez pas de pierre à encre, utilisez une coupelle en faïence.
Les couleurs.
Certes, l’encre demeure le choix traditionnel, mais il est possible de calligraphier des caractères avec toutes sortes de peintures. Pour les œuvres gestuelles, plus artistiques, préférez
les pigments à l’eau – aquarelle, acrylique, gouache. En revanche, évitez la peinture à l’huile qui n’offre pas la fluidité voulue pour l’exécution des traits.
Les accessoires.
Procurez-vous également les articles suivants :
• Grand bocal pour le nettoyage des pinceaux.
• Papier journal pour protéger le plan de travail.
• Grandes feuilles de papier brouillon sur lesquelles vous poserez le papier de la calligraphie (papier absorbant) afin d’absorber l’excédent d’humidité (changez régulièrement de feuilles
pour disposer constamment d’un support propre).
• Poids (galets, presse-papier, gros livres) pour que le papier ne glisse pas pendant l’exécution de la calligraphie.
• Palette pour mélanges de couleurs.
La préparation des pinceaux
Pour des questions de présentation, la touffe de poils des pinceaux chinois neufs est maintenue par une pellicule de résine. Avant de commencer à
calligraphier, il faut débarrasser les soies de cette pellicule en « ouvrant le pinceau ».
En calligraphie, la méthode d’ouverture du pinceau diffère de celle employée pour peinture. Dans le second cas, puisqu’on travaille avec toute la touffe, il faut retirer toute la
pellicule. En calligraphie il est beaucoup plus difficile de contrôler le mouvement du pinceau lorsque toute la touffe est ouverte, c’est pourquoi on ne l’ouvre généralement qu’à
demi.
Pour cela, trempez la pointe du pinceau dans l’eau froide pendant 3 à 5 minutes. Lorsque la pointe commence à se relâcher, retirez-la de l’eau sans attendre que le processus s’étende au
reste des poils. L’usage du pinceau finira par ouvrir entièrement les soies, mais l’encre et la patine les auront alors suffisamment raffermies. Essuyez immédiatement les soies avec du
papier absorbant ou avec une serviette douce. Le pinceau est prêt à l’emploi.
L’entretien des pinceaux
Les bons pinceaux de calligraphe chinoise, souvent des œuvres d’art à part entière, méritent un soin tout particulier. Voici quelques conseils qui vous
aideront à conserver vos outils en bon état.
• Après ouverture, ne remettez pas le pinceau dans l’étui (cellophane ou bambou) dans lequel il vous a été vendu, vous émousseriez la pointe.
• A chaque fin de séance, nettoyer les pinceaux à l’eau claire, dans un bocal ou sous un filet d’eau froide, en débarrassant les poils de toute l’encre possible. Séchez avec du papier
absorbant. N’utilisez jamais d’eau chaude ou un jet trop fort qui abîmerait les soies.
• Ne laissez pas les pinceaux dans l’eau.
• N’utilisez pas de détergent ou de savon car ils forment une pellicule qui adhère aux soies.
• Rendez leur forme aux soies (pointes) après le nettoyage et laissez-les sécher à l’air libre.
• Enveloppez les pinceaux dans une petite natte en bambou spécialement conçu pour cet usage : les interstices qui séparent les baguettes laissent respirer les soies sans contenir
l’humidité.
• Pour fabriquer un étui à pinceaux : glissez deux longueurs d’élastique de couturière entre les lattes d’un rouleau de bambou comme si vous cherchiez à tisser l’élastique entre les
lattes ; glissez les pinceaux dans les anneaux ainsi formés entre l’élastique et le bambou.
• Ne rangez jamais les pinceaux dans des récipients fermés ou dans des sachets en plastique où les soies naturelles risqueraient de pourrir. Attendez toujours qu’ils soient bien secs
avant de les entreposer simplement à l’abri de la poussière.
La position du pinceau et l’encrage
En calligraphie chinoise, le pinceau doit rester parfaitement vertical, la pointe perpendiculaire au papier. Entraînez-vous à maintenir cette position avec fermeté de manière à obtenir des traits fluides et réguliers.
L’encre des pinceaux.
|
|
|
Le plus simple consiste à tenir le pinceau en plaçant les doigts d'un côté du manche et le pouce de l'autre. |
La longueur du manche d’un pinceau de calligraphie chinoise correspond à la taille de la pointe et à l’objectif envisagé. En calligraphie chinoise, la position de la main varie, en effet,
en fonction de la taille des caractères. Pour les petits caractères, tenez le pinceau à 2 à 3 cm de la touffe. Pour les grands caractères, tenez le pinceau au niveau du milieu du manche.
Pour les gros caractères, tenez-le à 15 cm (trois-quarts) de la touffe afin de disposer de plus d’amplitude pour calligraphier les traits.
La place du bras et du poignet.
|
|
|
Une autre solution consiste à placer l'index et le majeur s'un côté, les deux autres doigts et le pouce de l'autre de manière à obtenir une tenue stable et plus ferme. |
Pour les petits caractères, tenez le pinceau assez bas et posez le poignet sur le plan de travail afin qu’il soit stable. Si le poignet et trop éloigné de la surface, le pinceau risque de
ne pas atteindre le papier.
|
|
|
Petits caractères: tenez le manche à 2 ou 3 cm de la touffe et laissez reposer le poignet sur le plan de travail. |
Pour les grands caractères, posez l’avant-bras sur le plan de travail mais pas le poignet. Il faut que vous puissiez exécuter les mouvements du coude sans entrave. Pour les gros
caractères et la calligraphie gestuelle telle que le cao shu, ni le coude ni le poignet ne doivent toucher le plan de travail afin qu’il n’y ait aucune restriction de mouvement. En règle
générale, la main ne doit jamais être située plus haut que l’épaule afin de ne pas créer de tension ; c’est ce qui explique que les calligraphes qui exécutent ce type d’œuvres travaillent
toujours debout.
La position de la main.
|
|
|
Grands caractères: tenez le manche par le milieu et laissez reposer l'avant-bras sur le plan de travail mais en dégageant le poignet. |
Versez un peu d’encre dans la coupelle et laissez épaissir quelques minutes avant de commencer (voir page 22). Comme l’encre épaissit en séchant, jusqu’à devenir totalement inutilisable,
il est conseillé de s’en tenir à de faibles quantités. Si vous manquez d’encre en cours de travail, il suffira d’en ajouter au fil des besoins.
|
|
|
Gros caractères: tenez le manche à 15 cm de la touffe. Coude et poignet ne doivent pas toucher le plan de travail. |
En calligraphie contrairement à la peinture, on ne se sert que de la partie et c’est la seule qu’il faut imbiber. De même, évitez de surcharger la touffe car vous auriez davantage de
difficultés à la nettoyer ensuite.
Les techniques fondamentales
La réussite de la calligraphie repose sur la fluidité et sur la docilité du pinceau. Pour manipuler celui-ci, vous disposez de quatre mouvements qui, en se combinant, permettent d’obtenir des tracés très différents.
Les mouvements du poignet et du coude
Pour maîtriser la course du pinceau, on utilise en calligraphie deux mouvements différents. Les mouvements courts s’exécutent en se servant seulement du poignet, tandis que les mouvements plus amples font intervenir le coude.
Les traits courts.
Il suffit d’une simple rotation du poignet pour exécuter de petits mouvements de la main et, partant, du pinceau qui laisse sur le support des traits assez courts.
Par conséquent, le mouvement de rotation du poignet est essentiel pour l’exécution des petits caractères et pour les traits courts utiles dans les grands et les gros caractères.
Exercice du mouvement du poignet.
Tenez un pinceau fin à 2 à 5 cm de la touffe ; laissez reposer le poignet et l’avant-bras sur le plan de travail. Encrez la moitié inférieure des poils. Écrivez de droite à gauche les
caractères chinois correspondant aux chiffres de un à dix.
Ne vous souciez pas de l’ordre des traits pour le moment : l’objectif de l’exercice est de vous habituer au mouvement du poignet.
Répétez cet exercice plusieurs fois. Éloignez ensuite le bras de la surface du plan de travail en y laissant le poignet. Tenez le pinceau par le milieu du manche et répétez l’exercice en
utilisant le mouvement du poignet.
Les grands traits.
Avec les grands et les gros caractères, le mouvement du poignet ne suffit pas à disposer de toute l’ampleur suffisante. Pour amplifier les traits, il faut faire pivoter le bras à partir
du coude afin de couvrir une plus vaste surface. Entraînez-vous à ce geste, d’abord de haut en bas et de bas en haut, puis de gauche à droite et de droite à gauche.

La calligraphie chinoise ne
nécessite que quatre outils, les « quatre trésors du cabinet de travail des lettrés » : le pinceau, le papier, l’encre et la pierre à encre.